Le quad se police
Depuis quelques années, le week-end de Pâques est marqué à l’encre rouge sur le calendrier de certains enduristes et pilotes de quads. C’est la date de l’enduro-loisir d’Availles-Limouzine. Les quads y ont la part belle et tentent de montrer qu’ils ne sont pas les sauvages motorisés qu’on décrit parfois.
«Le but de cet enduro loisir est de rouler tranquillement entre amis, de susciter des échanges et de montrer que les motards et les quadistes peuvent organiser sans tout détruire.» Pratiquant lui-même et président du club de quad et moto «Rando quad du vallois» à Vaux-en-Couhé, Patrice Fouet est bien placé pour se savoir la cible de toutes les attaques.
Trop souvent, le quadiste passe pour un sauvage peu respectueux des régles du bon usage des chemins et de la nature. C’est vrai de la part des riverains et usagers de chemins d’autres disciplines mais aussi des pratiquants d’autres loisirs verts motorisés trop souvent.
Depuis le début des années 2000, l’enduro loisirs d’Availles-Limouzine a commencé avec la volonté de quelques motards de pratiquer leur loisir dans un domaine privé, à l’écart de tout risque de perturbations extérieures et surtout à l’abri de toutes les critiques parfois empreintes d’intolérance envers les loisirs verts motorisés. D’abord avec 18 motos la première année puis avec un parc croissant de motos et depuis 3 ans les quads qui se sont associés à cette organisation du Moto Verte Val de Vienne.
Convivialité et respect
Ce sont ainsi près de 500 pratiquants qui se retrouvent chaque week-end de Pâques à Availles-Limouzine pour un week-end au guidon dévoué entièrement à la pratique de leur loisir. Les organisateurs limitent volontairement les inscriptions à 250 motos le dimanche et 200 quads le lundi pour une manifestation désormais bien placée dans le calendrier régional et national.
Les habitués ne manqueraient le rendez-vous pour rien au monde. Sur un circuit tracé dans les prairies et dans les gués naturels, chacun va à son rythme, parfois en convoi, se mesurer à la piste. Particulièrement difficile cette année du fait des intempéries, la piste ne sert pas de support à une quelconque compétition mais simplement à une pratique conviviale, amicale et bonne enfant.
On attend le copain après un gué pour l’aider à en sortir, on pousse l’engin du copain coincé dans un bourbier, on délaisse le quad pendant de longues minutes pour une franche partie de rigolade ou une conversation où on refait le monde. Bref, on prend du bon temps sans arrière-pensée …
Chacun en profite car le quad n’est pas franchement bien perçu dans les campagnes françaises. Il faut bien avouer que l’homologation des quads a amené à la pratique de cet engin une nouvelle frange de population qui ignorait parfois les enjeux de la pratique du quad dans les chemins et les conséquences d’un comportement parfois peu respectueux.
Une tendance que Patrice Fouet et ses collègues entendent bien juguler pour donner au quad un réputation moins sulfureuse. «Nous voulons démontrer que nous ne sommes pas des bêtes sauvages qui prennent leur quad pour se défouler en méprisant la nature et les autres usagers. Les pistes sont systématiquement remises en état après notre passage et chaque pilote est briefé en arrivant sur les régles à respecter.»
Dominique Guinefoleau
«Cohabiter avec tout le monde»
Président du club de quad et moto «Rando quad du vallois» à Vaux-en-Couhé, Patrice Fouet est co-organisateurs de l’enduro-loisirs d’Availles-Limouzine. Il aimerait que sa passion se refasse une réputation.
Quelle est la perception du quad dans la société ?
Pour la population, un quader reste un destructeur de la nature. Les gens confondent allègrement tous les pratiquants, qu’il s’agisse de l’agriculteur qui en fait un usage professionnel, du randonneur ou du sportif.
Le quad n’est-il pas victime de sa démocratisation et de sa polyvalence ?
C’est vrai que le quad sert à tout, par exemple dans les parcs forestiers pour les pompiers, en haute-montagne, à beaucoup de choses. Le quad est un peu le Terre-neuve mécanique des temps modernes.
Mais il conserve sa mauvaise réputation parce qu’un peu trop de personnes se servent du quad sans discernement, détruisent les chemins … Il suffit d’un furieux dans un groupe de 5-6 personnes pour qu’on se focalise sur son comportement alors que les autres vont sûrement l’exclure de leur groupe par la suite ou lui adresser un avertissement …
Il y a donc une discipline dans le monde du quad ?
Oui. Par exemple ici, chaque pratiquant est briefé à son arrivée. Les gens respectent. Certains font des écarts ce qui est génant mais nous les encadrons un maximum.
Le quad n’a pas forcément bonne réputation dans le milieu de la moto verte non plus …
Non, le quad n’est pas forcément bien perçu par les motards. L’engin ne les attire pas et surtout ils pensent que c’est à cause du quad qu’ils n’ont plus le droit de passer à des endroits qu’ils avaient l’habitude de fréquenter. On voit ce genre de problème autour de Poitiers par exemple.
Vous avez l’impression d’être des boucs émissaires ?
Oui. Comme c’est le dernier engin terrestre à moteur à la mode, c’est lui qui prend. J’espère qu’à l’avenir on pourra cohabiter avec tout le monde.
Chaque quader doit apprendre à respecter les autres, éviter de rouler trop vite, de salir les routes, rouler au pas dans les villages, couper le moteur pour laisser passer les randonneurs équestres, éviter de rouler les jours de randonnées pédestres …
Aujourd’hui, on doit pouvoir tous pratiquer notre loisir tranquillement.
Ce que vous décrivez, c’est un respect réciproque qui commence du côté du quader …
Oui. Si le quader veut avoir une bonne image, il doit se faire tout petit.
